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Politique

Discours du 1er août 2017 de Thierry Durand, Maire

Monsieur le Conseiller d’Etat,
Monsieur le vice-Président du Conseil municipal,
Chère et cher collègues du Conseil administratif,
Mesdames et Messieurs les membres du Conseil municipal,
Monsieur le député au Grand Conseil,
Chère amies et chers amis de Plan-les-Ouates,

Nous voici rassemblés en ce lieu magique, magnifiquement agencé par les services communaux, pour partager un moment convivial et festif parfaitement agrémenté par les dames paysannes et du Feuillu, l’amicale des pompiers, la fanfare municipale, les teneurs de stands, sans oublier notre mandataire, et, tout à l’heure, par la chorale d’Arare qui entonnera l’hymne national. Que toutes les personnes qui ont œuvré pour cette manifestation en soient chaleureusement remerciées !

Le 1er août est la fête nationale que nous prenons plaisir à célébrer au mitan de l’été depuis 128 (1) ans seulement, alors que le récit collectif mythique fait naître la « nation » suisse il y a 726 ans.
Peu importe, finalement, ce décalage, nombreux sont les historiens qui ont tenté d’en expliquer les raisons, et il y en a !

Retenons que cette fête permet, modestement, un arrêt sur image, à l’occasion d’un moment de partage, pour affirmer notre besoin d’identité, pour nous sentir appartenir à une communauté de destin, à l’échelle de la nation, la Suisse, bornée par des frontières.
Et si nous la célébrons à l’échelle communale, c’est bien parce que c’est à cette échelle que se mesure le sentiment d’appartenance, condition du  bien vivre ensemble !

Je relève avec conviction que ce moment est d’autant plus nécessaire que nous vivons désormais dans un environnement mondialisé dont je veux mettre en exergue deux de ses composantes majeures :

  • Un rétrécissement inédit des distances avec une quasi abolition des frontières;
  • Une marchandisation croissante de tout ce qui fonde les relations humaines.

Ce phénomène de mondialisation est, à l’échelle de l’histoire de l’humanité, relativement récent.
Et nous pouvons observer, à l’aune des cent dernières années, que la Suisse a réussi à en profiter de manière magistrale : elle a su se mettre à l’abri des conflits armés, parfois grâce à des stratégies peu avouables, et elle a atteint une prospérité économique qui nous est enviée, malgré les nombreuses inégalités qui subsistent.

Car « bien vivre ensemble », vivre ensemble de manière harmonieuse implique deux conditions nécessaires, parfois oubliées : être en mesure de fournir à chacun ce dont il a besoin et vivre en paix.
Et pour cela, il faut également préserver les qualités de notre environnement pour permettre aux générations qui nous suivront de pouvoir en tirer les ressources nécessaires à la vie !

Tout ceci nécessite du respect ! Le respect de l’autre, quel qu’il soit, dans sa diversité et son altérité, et le respect de notre environnement, naturel et construit.

Et la mondialisation, dont j’ai rapidement esquissé les contours, recèle de nombreux pièges qui mettent en péril la qualité du vivre ensemble, d’autant plus si on se place à l’échelle de la planète !

Une immense partie de l’humanité ne profite pas des progrès accomplis par l’espèce humaine :

  • L’accès à une nourriture en suffisance et de qualité et à de l’eau potable n’est pas assuré à des centaines de millions de personnes.
  • Les conflits armés dont les populations civiles sont souvent les principales victimes se succèdent à un rythme inédit avec des conséquences mortifères monstrueuses.
  • Sans parler du climat qui se réchauffe et des impacts ravageurs que fait subir le « progrès humain » sur le monde animal et végétal.

Et les effets pervers de cette mondialisation se montrent désormais avec plus d’acuité, même chez nous.
Pensons à « l’ubérisation » croissante du marché du travail.
Pensons à tous ces jeunes dont l’avenir est incertain et à nos aînés trop nombreux à rester seuls, lorsqu’ils ne sont pas parqués dans des EMS…
Pensons à la difficulté de trouver des logements à des coûts raisonnables.
Pensons à la santé qui est devenue un marché comme un autre.
Pensons à la qualité de l’air qui s’altère dans une indifférence coupable.
Pensons à nos campagnes qui se désertifient ou qui ne sont plus que des champs de grandes cultures abreuvés de substances chimiques.
Pensons aux centaines, voire milliers de kilomètres, que font la plupart de nos denrées avant d’arriver dans nos assiettes.
Pensons à l’obsolescence programmée de la plupart des biens de consommation qui nous sont proposés.
Pensons aux montagnes de déchets que nous produisons.
Et pensons aussi à ces flux de migrants que nous accueillons, pour qui la seule issue envisageable était de fuir leur patrie, au risque de leur vie !
Je pourrai continuer cette liste…  Et je ne suis pas certain que le récent affaiblissement du franc suisse face à l’euro n’y change grand-chose…

Pour ma part, je vois deux pistes prometteuses pour tenter de sortir de ces ornières : l’objection de croissance et la convivialité !

L’objection de croissance consiste, en quelques mots, à refuser le dogme économique qui laisse accroire que la qualité – de la vie – est intimement lié à la quantité – la croissance, surtout si elle est économique.

Le plus est-il lié avec le mieux ?

C’est ce que « l’on » essaie de nous faire croire lorsque, par exemple, on nous bassine avec les indices boursiers, transformés abusivement en jauge du (bien) vivre ensemble.
Mais nous avons la mémoire courte lorsqu’on songe aux désastres humains qu’a engendrés le dernier crash boursier de 2008. Et la seule question ouverte, à ce sujet, est bien de savoir quand se produira le suivant puisque, malgré les annonces, rien n’a été mis en place pour le prévenir. Les récentes élections américaines (pour ne parler que d’elles) ne sont pas là pour nous rassurer.

Quant à la convivialité, c’est un art de vivre ensemble qui valorise la relation et la coopération et qui permet de s’opposer sans se détruire, tout en prenant soin des autres et de la Nature.

Un manifeste a été écrit en 2013 sous le titre « manifeste convivialiste, une déclaration d’interdépendance »(2). Signé par différents penseurs, principalement francophones, ce manifeste propose de répondre à quatre questions, que je fais miennes :

  • La question morale : qu’est-il permis aux individus d’espérer et que doivent-ils s’interdire ?
  • La question politique : quelles sont les communautés politiques légitimes ?
  • La question écologique : que nous est-il permis de prendre à la nature et que devons-nous lui rendre ?
  • La question économique : quelle quantité de richesse matérielle nous est-il permis de produire et comment, pour rester en accord avec les réponses aux questions morale, politique et écologique ?

Libre à chacun d’en ajouter une cinquième : la question religieuse ou spirituelle.

Je ne peux que vous inciter à répondre à ces questionnements pour aspirer à un « vivre ensemble » de qualité et précise que ce manifeste permet de les détailler avec pertinence.

Et Plan-les-Ouates, dans tout cela ?

Au quotidien, à notre échelle, et dans le cadre des prérogatives qui sont les nôtres, nous pouvons nous inspirer de ce questionnement pour répondre aux différents défis auxquels notre commune fait face. Et je ne vais en citer que quelques-uns.

Que ce soit dans le domaine social, où nous devons stimuler et valoriser la participation de chacune et chacun pour entretenir et développer notre communauté de destin.
Que ce soit dans le domaine de l’énergie où nous devons aspirer à limiter notre consommation et augmenter l’auto production.
Ou que ce soit dans le domaine des développements urbains que nous préparons en visant la qualité, tant pour les futurs habitants que pour le voisinage et le défi est de taille !

Dans le cadre des équilibres politiques existants, la commune de Plan-les-Ouates s’engage dans cette direction, même si, je le concède, cela ne va pas toujours aussi vite que je le souhaiterais…

Mais je garde sur l’avenir de notre communauté un sentiment d’optimisme, de foi en la personne humaine, pour permettre au mieux de prendre le pas sur le plus !
   
Et j’en veux pour preuve le rassemblement d’hommes, de femmes et d’enfants que nous formons ensemble ce soir.
Cela nous permet d’échanger, de discuter, de partager du temps et des propos avec l’Autre, quel qu’il soit, bref de bien vivre ensemble dans un moment convivial !
Et n’est-ce pas là notre principale richesse, celle du partage avec l’Autre dans l’immédiateté ?

Finalement, la fête du 1er août est le creuset du bien vivre ensemble, et je me réjouis de pouvoir le constater ce soir par votre présence nombreuse et appréciée.   

Vive la convivialité, vive la Suisse, vive Genève et vive Plan-les-Ouates !

Je vous remercie de votre attention et vous propose d’accompagner le petit cortège qui se rendra sur la Butte pour chanter l’hymne national et allumer le traditionnel feu du 1er août !

Thierry Durand
Maire

(1) La célébration de la fête nationale du 1er août, a été fixé en 1889, sur l’initiative du Conseil fédéral, afin de cimenter l’union nationale mise un peu à mal suite à la création de la Suisse moderne de 1848.
(2) «Manifeste du convivialisme, une déclaration d’interdépendance », le Bord de l’Eau, 2013 (http://www.lesconvivialistes.org/)