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Politique

Journée des entreprises – discours d'ouverture

Discours d'ouverture prononcé par Thierry Durand, Maire, lors de la Journée des entreprises du mercredi 4 octobre 2017

Mesdames et Messieurs,

C’est avec grand plaisir que je vous accueille, au nom des autorités de Plan-les-Ouates, à cette 13ème journée des entreprises.

Nous allons assister, dans quelques instants, à une discussion-débat autour du sujet «Entreprise 4.0 : quels emplois pour demain».
C’est donc dans cette perspective que je me permets quelques propos liminaires, qui, de mon point de vue de responsable politique, ont pour objectif de nous rendre attentifs, collectivement, à certains effets que cette «nouvelle» économie peut engendrer sur le «bien vivre ensemble».

Puisque l’on évoque le concept d’entreprise 4.0, cela signifie probablement qu’il y a des versions antérieure de cette économie. Je vais laisser le soin aux intervenants, qui viendront en parler toute à l’heure, de mieux définir les caractéristiques la distinguant des versions précédentes. En adoptant une vision plus sociologique de l’évolution des modes de production employés au cours de l’histoire de l’humanité, j’observe que le type d’organisation sociale de l’espèce humaine a évolué de manière considérable depuis la préhistoire.
Partant d’une organisation fondée autour de la chasse et de la cueillette (modèle, soit dit en passant, que plusieurs anthropologues considèrent comme «âge d’abondance», ce qui peut paraître, aux premiers abords, comme paradoxal… mais là n’est pas le propos), les sociétés humaines se sont ensuite organisées autour de l’agriculture et de l’élevage et se sont sédentarisées.
Beaucoup plus tard, l’organisation sociale s’est transformée de manière assez radicale grâce au processus d’industrialisation, rendu possible par la «révolution agraire» de la fin du 18ème siècle.
Ensuite, nous avons assisté, durant le 20ème siècle, à une nouvelle transformation des modes de production qui s’articulent désormais autour de l’automatisation de l’appareil de production, automatisation qui a engendré la fameuse «fordisation» (ou division) du travail.
En ce début de 21ème siècle, nous assistons à une nouvelle révolution technologique qui voit l’émergence d’une économie qui se dématérialise et qui s’organise de plus en plus autour des services et de l’irruption rapide de l’intelligence artificielle qui transforme de manière inédite les appareils de production et les relations de travail.

Je vous prie d’excuser le caractère quasi caricatural de ce rapide survol historique, mais je pense qu’il est toujours important de se situer dans l’espace-temps.
Je relève également, mais cela ne vous aura certainement pas échappé, que si l’on se place à une échelle planétaire, il est facile de constater que cette évolution ne se déroule ni au même rythme ni avec la même intensité sur tous les continents et dans tous les pays.
Pour accompagner cette évolution, la régulation sociale s’est également adaptée, tant bien que mal, au cours de l’histoire.
Je me contente, ici, de mentionner  l’émergence de «l’Etat providence» qui s’impose, avec des intensités variables, au milieu du 20ème siècle, pour faire face à certains effets de la révolution industrielle, considérés comme pervers et moralement discutables.

L’émergence de cet «Etat providence» est, à mes yeux, intéressante car elle attribue un nouveau rôle à l’appareil étatique puisque l’on assiste à la mise en place des règles de vie collective qui vont au-delà des simples fonctions régaliennes dont l’Etat s’occupait exclusivement jusqu’alors.
C’est principalement sur l’organisation du temps que ces effets se sont faits sentir avec l’imposition de réglementations (la création des congés payés en est l’exemple typique) ainsi que sur la mise en place progressive de différentes assurances sociales permettant normalement à chacun de disposer de ressources en suffisance leur permettant de vivre (ou de survivre pour les plus démunis).

En partant de l’idée, communément admise, que nous assistons à une nouvelle révolution de l’organisation du mode de production et de répartition des richesses, il est aussi possible d’en identifier certains effets en observant les modèles économiques mis en place par les acteurs qui en sont les précurseurs.

A ce stade, il me semble important de vous faire part de mon inquiétude car cette nouvelle révolution peut entraîner des effets pervers qui risquent de saper sérieusement le ciment social de nos sociétés, puisque l’insertion sociale, si importante pour le « bien vivre ensemble », se fonde principalement autour du postulat selon lequel l’insertion sociale se réalise par le travail.

Les exemples sont malheureusement nombreux si l’on pense à une certaine précarisation de l’emploi salarié, la fameuse « uberisation » de la société, ou à l’émergence de «working poors» voire même à la disparition de pans entiers d’activité jusque-là assurées par des personnes (pensons tout bêtement à la disparition en cours des caisses dans nos supermarché, ou aux « charrettes » que certaines grandes banques annoncent suite à des adaptations de leurs modèles d’affaires) et si l’on pense aussi à l’impérieuse nécessité, plus locale, d’intégrer des cohortes importantes de nos jeunes qui risquent l’exclusion faute d’avoir pu construire un projet professionnel adapté aux « besoins du marché ». Et parallèlement, la gangrène de «l’optimisation fiscale» dont les fameux «GAFA» en représentent l’archétype, risque de mettre à mal très sérieusement les ressources disponibles pour «l’Etat providence» et d'affaiblir ainsi sa nécessaire contribution au «bien vivre ensemble» grâce aux différents filets sociaux que ce dernier a dû mettre en place.

Je suis bien conscients que ces propos, tenus à une échelle très «macro», risquent de trouver peu d’écho auprès de vous, représentants des entreprises, dont l’objectif premier est de survivre en développant des modèles d’affaires qui rencontrent une demande solvable.

Cependant, et parallèlement à la réflexion autour de «l’entreprise 4.0» que vous devez aborder, il me semble important que vous participiez également à la réflexion, nécessaire selon moi, pour imaginer un nouveau modèle d’intervention du politique afin d’enrayer le risque majeur d’une désintégration sociale, si l’on ne se concentre que sur la seule vie de l’entreprise.
Et je postule qu’il est inutile d’imaginer, ici, les effets délétères que pourrait produire une désintégration sociale sur vos propres business !

Des solutions existent. Elles ne sont certes pas abouties, mais elles doivent être imaginées selon moi en remettant en cause la relation entre travail et  la rémunération puisqu’elle est, de facto, mise à mal.

Parmi les pistes de réflexion qui existent déjà, je retiens en particuliers le concept de «revenu de base individuel et inconditionnel».
Certes, cette proposition a déjà été refusée par le peuple suisse récemment, mais le seul fait qu’elle ait été mise à l’agenda politique me semble porteur d’espoir pour envisager une «réorganisation» de l’intervention du politique afin de conserver ce qui est notre richesse collective ultime, le «bien vivre ensemble».
Une solution de ce genre, dont il reste bien entendu à en définir plus précisément les contours… et le financement, ouvre des perspectives, y compris au sujet l’avenir de nos retraites, lui aussi toujours à l’agenda politique.

En conclusion, j’appelle donc de mes vœux à ce que les acteurs économiques que vous représentez ne se concentrent pas exclusivement sur l’évolution de leur propre modèle d’affaire dans une perspective quasi darwinienne, mais participent également activement à son corolaire qui pourrait s’intituler la nécessité d’inventer un nouveau modèle d’organisation sociale que j’appelle aujourd’hui «politique 4.0», et dont le «versioning» n’a pour seule prétention que de faire symétrie avec le thème de la journée.

Ces propos liminaires étant terminés, je me réjouis d’écouter les différents orateurs s’exprimer autour de cette «entreprise 4.0» et des effets qu’elle entrainera sur l’emploi.

Je vous remercie de votre attention.

Thierry Durand
Maire